La campagne Manifester sans peur vise l’interdiction des balles de plastique et des armes explosives

Communiqué de presse

La campagne Manifester sans peur vise l’interdiction des balles de plastique et des armes explosives

MONTRÉAL, le 6 février 2018 – Manifester sans peur appelle à relancer le débat public sur la question des armes dites « intermédiaires » ou « à létalité réduite » utilisées par la police lors de manifestations.

Un récent jugement (Grenier c. ville de Montréal) révèle que le SPVM n’a fait aucun test d’utilisation des grenades assourdissantes (Rubber Ball Blast Grenade ou RBBG) avant de les utiliser lors de la manifestation du 7 mars 2012, où un fragment d’une de ces grenades éborgne Francis Grenier, un étudiant en train de quitter la manifestation. Dans sa décision, le juge Reimnitz se demande si une grenade avec une charge explosive était nécessaire afin de disperser la manifestation. La grenade a par ailleurs été lancée dans la foule, une information importante que le policier responsable aurait volontairement omis d’inscrire dans son rapport d’événement. De plus, selon le juge, tous les policiers dans cette affaire ont nié ou minimisé le risque de blessures graves et de mort associé à l’utilisation des RBBG, pourtant indiqué dans la fiche technique du fabricant. L’un d’entre eux est nul autre que Philippe Pichet, alors responsable de l’opération du 7 mars. Quelques mois après les événements, il fit parvenir à ses supérieurs un mémo comparant l’avis du fabricant à un simple avertissement sur une boite de céréales.

De l’avis du juge Reimnitz, le SPVM s’est par la suite comporté de manière à préparer une défense éventuelle et non à élucider ce qui s’était passé et à assumer ses responsabilités. Dès le soir du 7 mars 2012 et jusqu’au procès, le SPVM adopte une position visant à défendre l’institution et le travail des policiers, niant que Francis Grenier ait été blessé par une grenade RBBG. Nous savons désormais que cette arme met en péril la santé et la sécurité des manifestant-e-s.

Plus récemment, le reportage Opération casse-gueule de l’émission Enquête (Radio-Canada) a mis en lumière des comportements policiers analogues lors de deux autres événements. Dans le cadre des manifestations entourant le Sommet des Amériques en 2001, Mathieu Harvey est blessé gravement (crâne broyé, trois jours de coma) par un projectile de plastique tiré par la GRC. Suite à l’incident, trois pelotons de policiers passent à ses côtés sans intervenir. C’est plutôt grâce à l’intervention d’un groupe de manifestant-e-s qu’il est finalement confié à des ambulanciers. L’équipe d’Enquête révèle également qu’une dizaine de balles de plastiques sont tirées par un agent de la Sûreté du Québec sans autorisation préalable lors de la manifestation du 4 mai 2012 à Victoriaville. L’agent ne sait pas ce qui advint de neuf de ces projectiles. Plusieurs manifestant-e-s subissent de graves blessures causées par des balles de plastique, dont Alexandre Allard (fracture du crâne et commotion cérébrale), Dominique Laliberté-Martineau (double fracture à la mâchoire et perte de six dents) et Maxence Valade (perte d’un œil, contusion au poumon, fractures au visage et traumatisme crânien). Encore une fois, les manifestant-e-s blessé-e-s sont pris-e-s en charge par des manifestant-e-s et la police nie être à l’origine de leurs blessures. De plus, les interventions subséquentes de la police à l’endroit des blessé-e-s sont vraisemblablement des tentatives de dégager la police de toute responsabilité.

Nous concluons de tout ceci que les armes utilisées sont imprécises et dangereuses et que les différents corps policiers en font un usage désinvolte, sans égard aux risques encourus pour les manifestant-e-s. Suite à des événements tragiques les impliquant, les forces de l’ordre se gardent de justifier leur utilisation et maintiennent ainsi la population dans l’opacité la plus complète. Cette attitude qui vise à se dégager de la responsabilité quant aux blessures, constitue une atteinte à la dignité des manifestant-e-s, des victimes et de leurs proches. Notons également que ni le SPVM ni la Ville de Montréal n’ont daigné commenter le jugement Grenier, et que la GRC, la Sûreté du Québec et le Ministère de la sécurité publique n’ont pas réagi publiquement aux révélations de l’émission Enquête.

Il y a urgence d’agir, notamment en vue des manifestations lors du Sommet du G7 qui se tiendra en juin prochain à La Malbaie. Devant la menace que ces armes posent à la sécurité et la vie des manifestant-e-s, le collectif Manifester sans peur demande l’interdiction de l’utilisation des armes intermédiaires d’impact à projectiles (balles de plastique) et des armes explosives lors de manifestations et appelle la population québécoise à participer à cette lutte. Ensemble, nous interviendrons tant qu’il le faudra et de toutes les manières nécessaires dans l’espace public tant que cet objectif ne sera pas atteint.

Renseignements :

Julien Villeneuve, collectif Manifester sans peur : 514-394-1180

Lynda Khelil, collectif Manifester sans peur : 514-690-5113

Lysiane Roch, Ligue des droits et libertés : 514-715-7727

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